La Caverne de la Rose NoireL'amnésie cessera t'elle enfin? (2)« Ainsi tu préfères te tromper toi-même, rester dans ta belle illusion en ayant pleinement conscience au fond de toi que tout ce que tu t’imagines n’est pas vrai, que la réalité est loin d’être celle dont tu avais rêvé. Je préfère être honnête avec toi. Si tu ne t’acceptes pas en tant que vampire, tu ne survivras pas… sur le plan moral et psychologique tout du moins. Tu finiras par devenir fou. Acceptes-toi, cela ne te rendras que plus fort. Les vampires existent, et tu fais partie de ces gens là. Tu crains le soleil, un pieu planté dans le cœur te paralyse, et te nourrir de sang n’est pas un besoin sadique mais un besoin vital. Les humains mangent bien des lapins, des moutons, des chevaux… et même les végétaliens se nourrissent d’organismes vivants. Eux pour manger, ils doivent automatiquement tuer. Et quelque chose me dit que pour toi cela est normal n’est-ce pas? Cela fait partie de la chaîne alimentaire, la nature a fait les choses ainsi. Il en va de même pour le vampire. Il se nourrit de sang, cela sort de l’ordinaire mais n’a rien de surnaturel. Et contrairement à ce que tu peux croire, tu n’es pas obligé de tuer systématiquement pour pouvoir te nourrir… au contraire des humains, qui eux, ne laissent pas la vie sauve à ce qu’ils mangent. Laquelle des deux situations est la plus dramatique d’après toi? Oh je peux comprendre que sentir un humain se débattre et piailler comme une poule que l’on va s’apprêter à égorger peut parfois glacer le sang. Mais ton sang est déjà froid. Pour ma part, je ne vois pas ce qu’il y a de dramatique là dedans. Il n’appartient qu’à toi de tuer ou non celui ou celle qui te serviras de nourriture. Tout est une question de choix, croire qu’un facteur irrationnel décide pour soi, c’est s’avouer vaincu avant même d’avoir commencé à participer. Écoute jeune homme : tu es libre de te croire le héros principal d’une tragédie shakespearienne. Laisses moi te dire que si tu penses ainsi, les choses finiront forcément mal, et tu ne pourras t’en prendre qu’à toi-même. Mais quoi que tu fasses, vampire ou non, il n’appartient qu’à toi-même d’être une brute sans cœur et sanguinaire, ou de rester fidèle à toi-même. Chaque vampire autour de toi est ce qu’il est car il a fait un choix : profiter abusivement de cette nouvelle puissance, s’en servir pour s’élever intellectuellement ou encore l’ignorer autant que faire ce peut afin de rester le plus humain possible… tout en ayant conscience que cela est parfaitement impossible. »Ce fut étrange cette sensation au contacte de sa main sur mon épaule. C’était comme si elle me réchauffait de l’intérieur. Pourtant, comme par réflexe, je posais ma joue contre elle - comme si je cherchais un quelconque réconfort en son contacte – sa peau était tout aussi froide que la mienne. Comment se pouvait-il qu’à l’intérieur, je ressente tout l’inverse… Je l’écoutais avec attention, m’abreuvant de ses paroles comme de l’eau d’une rivière. Il avait une manière de m’amener les choses qui rendait moins « cruelles » le fait de devoir boire du sang pour survivre… Pourtant… …
Tous les secrets du monde Sont là… Tu les lis sur mes lèvres Comme une prière, une voix Qui s’élève … Je ne parvenais pas à me défaire de cette image sanguinaire qui collait à mon idée du vampirisme. Je le regardais sans mot dire écoutant chacune de ses paroles et réfléchissant sur chacune d’entre elles. Était-ce la mort de cet enfant que j’avais causé que me faisait me voiler la face ? Était-ce les dires de Taryn au sujet des habitants de cet endroit qui me faisait tout refuser en bloc ? Peut-être que dans le fond, comme un enfant, j’avais tout simplement peur de ce que je ne connaissais pas – ou plutôt – de ce que je ne connaissais plus. …
On dit que je dévore Que je détruis Tous ceux que j’adore … Je finis par murmurer : « Pourtant, je m’en suis pris à un enfant… Je ne supporte pas l’idée que ça puisse se reproduire. Je ne supporte pas la souffrance dans le regard des gens, et encore moins quand c’est moi qui l’engendre… » …
La vie pleure des larmes de sang Loin des rêves … « C’est étrange comme on souhaite toujours ce que l’on ne possède pas… J’aimerais retrouver la mémoire, mais j’aimerais aussi oublier cet enfant… » Mes paroles tenaient plus de la pensée à voix haute que de réelles phrases à l’intention de cet homme. Le silence s’installant, je réfléchissais. Si j’acceptais d’admettre ce que mon esprit rejetait de toutes ses forces, que me resterait-il ? Que se passera-t’il ensuite ? Vais-je une nouvelle fois me retrouver seul au final ? La solitude… C’était bien une chose qu’il m’était de plus en plus pénible à supporter. Pourtant, je fuyais le monde – par peur d’une nouvelle fois de m’en prendre à quelqu’un – qu’avais-je connu par le passé pour supporter avec autant de mal d’être seul ? Avais-je connu quelque chose de si fort que son absence était comme un coup de poignard dont la lame restait dans ma chaire afin de mieux tourner sur elle-même et de s’encrer toujours plus loin en moi… « Et si… Si j’arrivais à accepter tout ça… Je me sentirais toujours aussi seul ? » Réflexions personnelles une nouvelle fois formulée à voix basse sans m’en rendre compte. Lorsqu’une ombre passa sur son visage, je me demandais ce que j’avais pu dire pour ainsi l’affecter. Etaient-ce mes paroles qui avaient éveillé de douloureux souvenirs, avais-je fait quelque chose par le passé ? « Choisi qui vivra ou les deux périront »… Cette phrase me revint une nouvelle fois me faisant me demander si ce n’était pas plutôt quelque chose que je n’avais pas fait qui avait entraîné chez lui pareille réaction… « Le feu ? C’est normal que tu en aies peur. Tout vampire craint le feu. Une flamme te touche et tu peux considérer que c’en est fini de toi… » Mon interlocuteur détourna ma question, en n’y répondant que partiellement, comme pour ne pas réveiller quelque chose. Je sentais qu’il y avait une autre raison sur ma peur. Il devait y avoir une cause plus grande à cette terreur déraisonnée. Le soleil me brûle et pourtant, je m’en méfie, je n’en suis pas à ce point paniqué. Je préférais ne pas insister. Je ne voulais pas lire que chez lui aussi j’avais causé du tort. Ce fut son sourire qui suivit qui me rassura alors que je le suivais du regard. …
Je te dois mes pouvoirs Mon savoir Et mes émotions Tu m’as appris à voir Dans le noir Et les illusions … « On ne naît pas vampire, on le devient parce qu’un autre nous à donner un baiser, un baiser vampirique. Cela consiste en un échange de sang. En résumé, le vampire donne de son sang à l’humain, qui, au bout de vingt quatre heures éprouvantes voire même horribles durant lesquelles son organisme se transforme devient vampire à son tour. Le nouveau vampire devient l’infant de celui qui l’a fait, qui est alors son sire. Les liens entre sire et infant sont très puissants, presque plus puissants que ceux qui unissent un père ou une mère biologique à son enfant. Il en va de même, ou plutôt en allait de même pour nous. Je suis ton sire, c’est moi qui t’es fait ainsi, tel que tu es. » Mon visage marqua la surprise de ces dernières révélations. Cela expliquait pourquoi j’étais apaisé et rassuré en sa présence. D’un côté j’étais heureux de ne pas me souvenir de ces vingt-quatre heures dont il me parlait – celles-là mêmes qui précédaient ledit baiser vampirique – car d’après ses dires, cela n’avait rien d’agréable… D’un autre côté, cela me fit regretter le lien dont il parlait, celui qui, quelque par, nous unissait d’après ses explications. J’assimilais ce dernier comme étant en quelque sorte un membre de ma famille, ou plutôt, un père. Étais-je en pleine acceptation de ma condition ? « Vous êtes en quelque sorte… Mon père ? » Laissais-je m’échapper un peu maladroitement. Je le regardais cherchant à me souvenir de lui dans le chaos de ma mémoire. Je le fixais avec insistance, mais sans avoir une once de défit dans le regard cependant. Je m’accrochais aux lignes de son visage comme à une bouée de sauvetage. Je cherchais à entrevoir quelque chose, même une infime image, une bribe de paroles, une sensation ou que sais-je encore. Je sentais ce besoin que me remémorer quelque chose qui me rappellerait le lien dont il parlait. …
Promets qu’à la fin des combats Tu me dévoileras Mon tout dernier secret … Tout se qui me revins ce fut un air de violon. Je fermais les yeux afin de m’y accrocher. Je cherchais en quelles circonstances je l’avais entendu. Inconsciemment, je le fredonnais comme pour m’y accrocher et ne plus le laisser me quitter. Ce fut vain, il me quitta cependant, malgré mes efforts illusoires. Lentement, j’ouvris de nouveau les yeux pour le regarder. « Quel est votre nom ? Et quel est le mien ? Je ne me souviens que de votre visage… Pas même du mien. » Mon regard se posa à la surface de l’eau de la fontaine, mais mon reflet y était toujours absent. Ce fut en cet instant que je remarquais pour la première fois que lui non plus n’en avait pas. Je passais mes doigts sur la surface de l’eau comme pour la rider afin que plus rien ne s’y reflète. « Ai-je toujours été à ce point différent ? Ai-je toujours vécu dans mon monde ? N’ai-je jamais supporté la violence ? Comment nous sommes-nous connu ? Comment étais-je lorsque j’avais ma mémoire ? Et comment étais-je avec vous ? » Je relevais les yeux vers lui esquissant un léger sourire avant de m’excuser : « Je dois vous agacer avec mes questions, j’en suis désolé, mais j’ai tellement de questions que ma tête va éclater à moins qu’elle ne surchauffe avant… Vous n’êtes pas trop déçu de se que vous avez trouvé avec moi ? Je ne parle pas que d’aujourd’hui, mais aussi, d’avant. » …
Mais dis moi A quoi ça sert D'avoir survécu Après tant de combats Et d'avoir tout perdu Mais dis moi A quoi ça sert d'avoir tant voulu Repousser les frontières Et d'avoir tout perdu … C’était comme si je recherchais sa bénédiction, son aval. J’étais un peu comme un enfant ayant la crainte au ventre de décevoir. Oui, c’était bien cela, face à lui, je n’était plus qu’un enfant, plus que face à n’importe qui et bien plus que je ne l’avais probablement jamais été Article ajouté le 2008-07-07 , consulté 23 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " L'amnésie cessera t'elle enfin? (Récit à Caractère Yaoi) "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |
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