La Caverne de la Rose Noire

Premiers pas chez les Vampires(2)


« Cette nuit-là, il le regardait avec une certaine effronterie dont je jouis un instant, dominant pour un temps la timidité qui avait été sa malédiction en ce monde. « Tu apprendras enfant », avait été sa seule réponse. Sur le moment, il n’avait pas compris. Il accompagnait son « père » partout. Il avait vu des choses que l’on n’oserait imaginer, certaines divines, et d’autres, au contraire, effroyables. Il en fut ainsi jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus. La nuit qui fut la dernière fois ou il vit son « père », il devait l’avoir blessé. « Je vous aime père, mais à présent, je rêve de solitude », lui avait-il dit, « Vous n’avez pas besoin de moi, n’est-ce pas ? Comment le pourriez-vous ? Tel n’a jamais été le cas. ». Ses paroles, sinon sa voix, avaient été impudentes. « Je te veux, ange, mais j’attendrai », avait été sa réponse. Il lui avait semblé vain, de se justifier sur les raisons de ma motivation. Le chagrin ombrageait son esprit, lourd, indéniable. Son « père » lui avoua avoir peur pour lui, bien plus que jamais auparavant. Son humanité Lui était resté trop présente… »

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Cette fois, Taryn c’était endormi. J’eu un très léger sourire. Je m’arrêtais donc dans mon histoire me demande d’où pouvait-elle venir et s’il y avait des éléments de mon passé glissés entre les lignes. Je soupirais. Je n’avais pas de réponse. J’avais l’impression de gravir une montagne, et qu’une fois en son sommet, lorsque je me saisissais de la dernière pierre pour m’aider à faire le dernier pas, celle-ci se dérobait, m’entraînant ainsi dans sa chute, et par la même, me conduisant de nouveau au point de départ.

Lorsque le soleil se leva, je m’étais à mon tour assoupi. Mon sommeil était lourd et n’avait rien de reposant. Il était agité et presque suffoquant pour moi. Pour la première fois depuis aussi loin que remontent mes souvenirs, mes songes étaient habités, non pas par d’agréables rêves, mais par des cauchemars.

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Mais quelle est cette étrange lueur? Elle semble se rapprocher, elle semble grossir... Non, je ne me trompe pas, elle vient vers moi. Une étrange sensation m'envahit, une douce et agréable chaleur m'enveloppe lentement. Un sentiment de bien être comme je n'ai jamais eu... De bien être? Non, c'est bien plus fort, c'est indescriptible... Je suis bien. J'oublie tout...

Soudain je reprends brutalement mes esprits... Où suis-je? La lueur continue à s'avancer et la douce et agréable chaleur devient de plus en plus intense... Elle commence à me faire mal. Elle me brûle, mais que fait-elle? Elle continue à avancer alors qu'elle me fais mal! La brûlure est de plus en plus intense... Je sens ma peau cuire... J'ai l'impression d'être dans une bouilloire... Ma chair cuit, je sens que mon sang commence à bouillir! Il est en ébullition, je cuis de l'Intérieure...


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Je gémissais et remuais la tête de part et d’autre. Je baragouinais des phrases incompréhensibles. Cependant, un nom revenait inlassablement. Je le gémissais plaintivement, le suppliant presque :

« Morgann »

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Je tente de fuir, je cours... Je regarde par-dessus mon épaule, la lueur est de plus en plus petite... Je crie un nom « Morgann ». Je suis essoufflée, je n'en peux plus! Je cesse de courir, je me retourne, la lueur n'est plus là. D’étranges nuages de cotons m'entourent... Non! Pas des nuages, mais de la brume, du brouillard... Peut-être... Je ne vois rien, la brume est trop épaisse. Je ne vois pas à deux mètres! Je continue à avancer... Je me déplace lentement, j'ai trop peur de trébucher... Encore une fois je l’appelle : « Morgann », mais il ne vient pas.

Soudain, le sol se dérobe, je tombe, je chute... Mais je ne touche pas le sol! Je tombe dans le vide, le néant, mais je ne touche jamais le sol. J’hurle son nom, mais toujours personne ne vient. Quand finira ma chute?! J'ai peur, je panique, je me débats contre moi-même, contre une force invisible dans le vide.... Cela fait des heures peut être même des jours que je tombe... Le temps semble s'être arrêté... Je chute mais que va-il m'arriver? Plus rien ne compte... Il n'y a que moi et le vide... Quand ma chute cessera t-elle?


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J’ouvris brusquement les yeux tout en me redressant. Je fixais le vide sans mot dire. Mon corps était là, mais mon esprit se trouvait ailleurs. Je voyais une silhouette devant moi. Je ne savais pas de qui il s’agissait, je ne pouvais pas voir son visage. Deux autres "ombres" se trouvaient un peu plus loin. La première me parla « Choisi qui doit mourir. Tu as trente secondes où les deux périront ». J’entendais des pleurs. Un bruit aigu suivit, je sursautais, et puis plus rien. Mes yeux se refermèrent alors que de nouveau, m’appuyant sombrant cette fois dans un sommeil plus léger.

Ce ne fut qu’à la nuit tombée que je m’éveillais. J’ouvris lentement les yeux. Je me souvenais non pas de ma "vision" mais de mon cauchemar. Immobile, je ne bougeais que les yeux. Je regardais autour de moi comme si une bête m’attendait au tournant. Qui était ce Morgann ? J’avais beau chercher, je ne voyais pas… J’étais désorienté, troublé et perturbé. Le petit "jeu" de la nuit passée avait-il réveillé quelque chose qui dormait dans mon esprit ? Je restais immobile et pourtant à l’intérieur, je ne tenais pas en place t j’étais agité. Dans mon regard, se lisait la peur. JE fini cependant par me calmer lorsqu’enfin je réalisais où je me trouvais ainsi que les évènements de la nuit passée. Je soupirais en passant ma main sur mon visage.

"- Qui est Morgan ?"

Alors que je reprenais lentement et avec difficulté mes esprits, je sursautais en entendant une voix : celle de Taryn. Il me fallut plusieurs secondes pour comprendre qu’elle ne se trouvait non plus près de moi, mais à l’extérieur de l’arbre creux. J’humais la fraîcheur de l’air – un peu comme un animal – la nuit devait être tombée. Cette question ainsi formulée à voix haute prenait davantage de sens que dans mon esprit. Un nom m’était venu, et pourtant, il ne me disait rien.

« Je n’en ai pas la moindre idée… »
Avais-je murmuré avant de la questionner d’une voix claire : « Vous avez bien dormis ? »

"- Et bien réfléchis y ! Morgan ? Morgane ? Morgann ? ami ? ennemi ? frère ? sœur ? ton propre nom ? que se passait-il dans ton rêve ? Essaie de fixer tes souvenirs avant qu'ils ne s'échappent !"

Lorsque la jeune femme me « bouscula » afin que je m’accroche à ses semblants de souvenirs que j’avais eu durant mon sommeil avant qu’ils ne me quittent, j’haussais les sourcils de surprise. Je ne m’étais pas attendu à un tel engouement. Quelque par, cela me fit plaisir. Tout comme ce nom qu’elle m’avait offert « l’Egaré ». Cela pouvait sembler ridicule cependant, je n’étais non plus « personne » mais à présent « l’Egaré ». Ce besoin d’identité qui me tiraillait l’esprit semblait s’être apaisé par cette idée d’avoir un « nom ». Même s’il ne s’agissait pas du mien et qu’en réalité, il n’était qu’un surnom, j’avais un tel besoin d’appartenance que ce dernier en fut soulagé.

« Je ne sais pas… J’ai cauchemardé. J’étais poursuivis par une lumière qui me brûlait la peau… » Je soupirais. « Je suis ensuite tombé dans un trou sans fin, je ne sais pas pourquoi j’appelais cette personne. Je ne sais ni si Morgann est un homme ou une femme… » Je marquais un temps d’arrêt pour réfléchir un instant. « J’ai vu aussi une ombre… Je crois que c’était un homme… Je ne sais pas s’il me parlait à moi ou bien à quelqu’un d’autre… Il ne m’a pas donné particulièrement envie de le voir, mais plutôt de le fuir… »

* Oh oui, de le fuir à toutes jambes… *

 
Ma surprise fut grande lorsque je découvris ce que la jeune femme était allé me chercher durant mon sommeil : chaussures, chemise, chaussettes, caleçon et pantalon. Taryn était réellement incroyable et généreuse. Je souris avec une certaine innocence lorsqu’elle repoussa le tout vers l’intérieur. Un peu espiègle, je m’en approchais pour les regarder de plus près. La jeune femme avait deviné ma taille en un coup d’œil, car lorsque je passais la chemise pour l’essayer, elle m’allait parfaitement.

"C'est du quarante trois, j'ai pris une pointure approximative. Il y a deux paires de chaussettes alors si c'est trop grand tu pourras les empiler. La chemise est outremer, je me suis dit qu'avec du blanc ça se salirait trop vite. Le noir est trop sombre et le bleu ira bien avec la couleur de tes yeux. Lancelot n'avait pas de veste et puis elle ne serait pas entrée dans mon sac de toute manière. Comme tu n'as pas froid, je me suis dit que ça ne posera pas de problème. Le pantalon est en denim solide, noir. Pas très classe mais résistant tu verras. Enfin les caleçons ne sont pas neufs mais ils sont propres. Enfin c'est ce qu'on m'a assuré."

« Merci Taryn… Vous êtes merveilleuse… Vous êtes un ange… »

JE lui étais réellement reconnaissant pour tout ce qu’elle avait fait et faisait encore pour moi. J’étais également gêné. Depuis que je l’avais rencontré la nuit précédente, elle n’avait fait que me venir en aide, et moi, je n’avais rien pu faire pour elle jusqu’à présent. Je me sentais en quelque sorte comme un poids que le courant charrie et qui serait tombé sur les épaules de la jeune femme qui n’avait rien demandé.

Je me débarrassais alors bien vite de mes loques – pour ne pas dire lambeaux – pour passer se que Taryn m’avait apporté. Ça me faisait énormément de bien de me sentir propre. Et tout comme la chemise, le reste était à ma taille, hormis les chaussures, où je dû effectivement mettre les deux paires. Une fois « prêt », je repoussais les tissus ainsi que les branchages pour me présenter devant elle, gêné comme le serait un adolescent.


« Merci beaucoup Taryn, ça me fait du bien de me sentir propre… Je… Vous faites beaucoup pour moi. Ça me gêne, je n’ai rien pour vous… Sauf peut être… »

Je passais ma main dans mes cheveux comme un jeune garçon qui serait embarrassé, tout en parlant. Je ne terminais ma phrase qu’après avoir déposer un chaste baiser sur sa joue.


« Merci Taryn… Je me répète, mais vous êtes un ange. »

"- Ce n'est pas moi qu'il faudra remercier mais la personne qui t'a laissé une partie de ses vêtements. Vraiment trop bonne poire, il faudrait sans doute l'arnaquer une paire de fois avant qu'il ne commence à se montrer un peu plus méfiant, quoique je doute qu'il change même après ça.
Non... le mieux serait de le protéger de sa propre gentillesse, dommage que je ne sois pas douée pour ça."


Je pris place ensuite près d’elle, prenant garde ou je m’asseyais. Je me sentais plus léger, allez comprendre pourquoi. Ne plus être recouvert de toute cette crasse dont je m’étais débarrasser dans le cours d’eau, mais aussi, ne plus être couvert de loque me faisait le plus grand bien. Inconsciemment, je me sentais moi « personne » et presque « quelqu’un », mais qui ? Une zone d’ombre régnait encore sur cette question. Un sourire innocent et presque insouciant animait mon visage. Sans doute était-ce ce que l’on pourrait nommer la « Taryn thérapie » ou encore « l’effet Taryn ». Je ne me souvenais pas m’être senti aussi « bien » un jour.

« Vous avez parlé d’un Lancelot, qui est-ce ? Est-il comme ce chevalier de légende, à pourfendre le mal, afin de secourir une demoiselle en détresse sur son grand cheval blanc ? »


"- C'est... quelqu'un de bien. Trop. C'est ce qui le perd à chaque fois. Un instinct de survit qui se réduit à zéro dès qu'il y a dans la balance une autre vie. Il a autant d'estime pour lui même que tu en avais pour tes haillons. La plupart du temps ça me donne envie de le secouer comme un prunier."


Je plaisantais bien entendu, ma réelle question était la première que j’avais formulé, mais la légèreté qui avait gagné mon cœur mort me faisait presque, voir se qui m’entourait autrement.

"- Tu devrais aussi noter tes rêves dans ton journal. Peut être que ça pourra t'aider à faire le tri entre ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas ?"


Son ami que Taryn me décrivait m’avait tout l’air d’un homme bien pour ne pas dire exceptionel. Il me plairait de le rencontrer un jour, mais surtout, de le remercier de vive voix. Tout en l’écoutant, je fis mine de ne pas voir ses jours s’empourprer. Elle dégageait beaucoup d’affection pour l’homme dont elle parlait. Je me sentais ignorant face à son ressenti.

* N’ai-je donc jamais été quelqu’un pour personne ? *

Je me sentais enfant. Oui, c’était bien cela. Je me sentais enfant face à elle comme jamais dans mes souvenirs je ne l’avais été. Elle semblait posséder tellement de connaissances à mes yeux, mais aussi, elle ressentait visiblement tellement de choses dont j’étais ignorant… Je ne connaissais que la peur ou presque, je découvrais à peine la reconnaissance et qui sait, peut être aussi l’amitié. Du moins, je l’espérais de chaque cellule qui composait mon corps.

« Peut-être me présenterez-vous cette personne qui à fait d’un homme d’argile, un homme de chair et de sang, enfin j’ose l’espérer… »


"- Bien sûr que je peux te le présenter. Par contre ne t'en prends pas à moi si tu finis par le trouver ennuyant ou soupe au lait ! Préfères tu que je le ramène ici ou... Je peux te mener jusqu'au manoir. Je ne pense pas que tu tourneras comme eux et ainsi tu pourras voir à quoi ressemblent les tiens et je te présenterais Lancelot. Il va falloir que tu te redresses."


J’avais un ton plus léger à l’énonciation de la première partie de ma phrase alors que l’intonation de ma voix avait très largement diminué pour la seconde. Je ne savais pas à quoi je ressemblais, que cela soit en guenilles, ou correctement vêtu. Je n’en avais pas la moindre idée. J’avais eu beau passer mes doigts sur mon visage, aucune image ne m’était venu. J’avais tenté de voir mon reflet, mais de toute évidence, j’avais un problème de vue, puisque je n’en possédais pas. Ce point entrait en parfait accord avec les explications de la jeune femme : un vampire n’avait pas de reflet. JE n’étais pourtant pas près à accepter cette évidence qui crevait pourtant les yeux. Il me faudrait du temps pour concevoir l’inconcevable…

« Mais je suis civilisé, je vous ai sauvé de la famine à coup de fraise des bois ! » répondis-je sur le même ton léger qu’elle.

"- Oui c'est vrai, tu m'as sauvé la vie cette nuit là."
 

Cela me faisait le plus grand bien de plaisanter un peu. Cela me réchauffait le cœur… Cœur qui pourtant ne battait plus. Avait-je seulement senti un fois ce muscle œuvrer ? Je ne m’en souvenais pas et pourtant, je n’étais pas près à l’admettre.

"- Quels sont tes projets à présent ?"
 

« J’aimerais me souvenir de qui je suis pour savoir ou je vais… J’aimerais rencontrer un autre… "Malade" mais si vous me dites qu’ils sont si mauvais, je crois que cette idée finalement n’est peut être pas la meilleur que j’ai eu… Et peut être trouver un médecin pour qu’il me trouve un substitue, je ne veux pas avoir un autre incident ou devoir mordre quelqu’un ou un animal… Et vous ? Vous n’allez pas vous attirer des ennuies à cause de moi j’espère… »

"- Bien sûr que non je ne vais pas m'attirer des ennuis. Ni toi non plus d'ailleurs. Si tu ne sais pas quoi répondre, ne dit rien, contente toi d'observer. Je prendrais la parole à ta place en me faisant passer pour ton esclave."


Cette jeune femme qui se tenait devant moi avait-elle seulement conscience du bien être qu’elle m’apportait ? La « Tarynthérapie » existait-elle ? Si ce n’était pas le cas, Taryn venait de l’inventer. Elle parvenait à me faire sourire alors que je pensais ne plus être capable de le faire…

"- Mmm faudrait du gel si on veut te coiffer correctement. Une fois arrivés là bas, marche comme si tu étais le général d'une grande armée, grand seigneur. Regarde tous ceux que tu croises de haut et prend un air peu commode. Un peu comme un richissime agriculteur devant son champs de navet. Il ne parle pas aux navets, quand il les regarde c'est pour se demander combien il pourra en tirer. Aux autres agriculteurs, il montre une cordialité froide. On ne sait jamais ce que la concurrence complote. Si tu veux aller quelque part, indique le moi d'un mouvement du menton. Si tu dois absolument parler en lieu public, essaie de le faire discrètement. Même si tu me poses une question, tu dois avoir l'air de me donner un ordre. T'en fais pas, ce n'est qu'une mise en scène, je ne le prendrais pas trop mal. J'aimerais faire quelques tests avant que nous n'allions au manoir. Je vais m'éloigner d'une centaine de pas. J'énoncerais ensuite trois phrases de plus en plus fort. Ensuite je te crierais de courir. Tu viendras me rejoindre le plus vite possible et tu me diras quelles phrases tu as entendu. Tu veux bien ?"


Article ajouté le 2008-07-07 , consulté 12 fois

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